Le coût de l’inaction

Dans un budget, on voit ce qu’on dépense. On ne voit jamais ce qu’on perd en ne dépensant pas. C’est pourtant là que se cache la vraie facture : le coût de l’inaction, climatique et sociale.

Économiser, vraiment ?

Quand un gouvernement coupe dans une dépense, il affiche une économie. Une ligne en moins, un chiffre qui baisse. Applaudissements.

Sauf que la dépense ne disparaît pas. Elle déménage. Elle passe du budget de l’État au portefeuille des ménages. À l’hôpital. Aux urgences. Aux assurances. Aux générations suivantes. Et elle revient, souvent plus chère.

C’est ça, le coût de l’inaction. Et personne ne le met dans les tableaux.

Le climat n’attend pas les arbitrages budgétaires

Sept des neuf limites planétaires sont désormais franchies, la dernière en date étant l’acidification des océans, en septembre 2025 (Institut de Potsdam). Ce n’est plus une menace lointaine. C’est notre présent.

Selon la direction générale du Trésor, le changement climatique pourrait faire perdre 3,6 % de PIB à la France en 2050 en cas d’inaction (septembre 2026). Selon la littérature académique citée par le Trésor, les mesures d’adaptation déjà mises en œuvre ont permis d’éviter jusqu’à la moitié des pertes d’activité économique. Ma simulation retient cette proportion pour l’avenir ★. Dans ma simulation, cela fait déjà un demi-point de PIB d’écart en 2036, soit environ 20 milliards d’euros par an ★. Pas en 2100. Dans dix ans.

Et chaque investissement de transition reporté crée une dette écologique cachée. Selon l’institut I4CE, il faudrait de 39 à 71 milliards d’euros de dépenses publiques en plus chaque année d’ici 2030, dont 18 à 52 milliards pour l’État (2024). Sur dix ans, 400 à 700 milliards qu’il faudra trouver plus tard, dans l’urgence, et plus cher ★.

Une digue construite avant l’inondation coûte moins cher qu’une ville à reconstruire après. Ce n’est pas de l’écologie militante. C’est du bon sens comptable. Celui qu’on nous réclame, justement.

L’inaction sociale aussi se paie

Le raisonnement vaut pour le social. Point par point.

  • La santé mentale. Les troubles psychiques ont coûté environ 160 milliards d’euros à la société française en 2018, en coûts directs et indirects (étude URC Eco pour la Fondation FondaMental). Chaque psychologue scolaire non recruté, chaque centre médico-psychologique débordé alimente la facture.
  • La petite enfance. L’économiste James Heckman, prix Nobel, estime le rendement des programmes de qualité pour la petite enfance à environ 13 % par an et par enfant. Ne pas investir, c’est jeter ce rendement par la fenêtre.
  • La pauvreté. 15,4 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2024, comme en 2023 : le plus haut niveau depuis le début de la série, en 1996 (Insee). Baisser les prestations aggraverait ce chiffre, et tout ce qui va avec : santé dégradée, décrochage scolaire, isolement.
  • La perte d’autonomie. Chaque recul de la prévention et de l’aide à domicile se reporte sur l’hôpital, bien plus coûteux. Ce coût-là n’a même jamais été chiffré sérieusement. C’est déjà un aveu.

1 900 milliards

Comparons les deux budgets sur dix ans. La lignée du gouvernement ne fait pas économiser un euro d’intérêts : elle en paie même un peu plus en 2036 (154 milliards contre 150). En revanche, elle renonce à environ 1 900 milliards d’euros de dépenses publiques cumulées sur 2027-2036 ★.

1 900 milliards de soins qui n’auront pas lieu. D’écoles qui n’ouvriront pas. D’aides au logement qui ne seront pas versées. De transition qui ne se fera pas.

Et ces 1 900 milliards ne sont pas des économies. Ce sont des coûts transférés. Vers les familles. Vers les territoires. Vers l’avenir.

Face au coût de l’inaction : ce qu’on pourrait faire

  • Évaluer chaque dépense avec les coûts qu’elle évite, pas seulement avec ce qu’elle coûte. Une économie qui génère un coût plus élevé ailleurs n’est pas une économie.
  • Demander à la Drees et à la Cour des comptes un chiffrage complet des coûts évités par la prévention.
  • Un plan d’adaptation sur dix ans, financé dès maintenant, plutôt que des réparations après chaque catastrophe.
  • Faire payer les pollueurs : producteurs d’énergies fossiles, jets privés, niches fiscales défavorables à l’environnement. La Charte de l’environnement le pose déjà : toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause.

L’austérité se présente comme responsable. Elle ne fait que repousser la facture. Sur nos enfants.

Sources : Institut de Potsdam (limites planétaires, 2025) ; direction générale du Trésor, « Impact du changement climatique sur les finances publiques et effets macroéconomiques de l’adaptation », 11 septembre 2026 ; I4CE, « Financement de la transition : quelles marges de manœuvre autour du besoin de financement public ? », juillet 2024 ; étude URC Eco pour la Fondation FondaMental (coût des troubles psychiques en 2018) ; Jorge Luis García, James Heckman et al., « The Life-cycle Benefits of an Influential Early Childhood Program », 2016 ; Insee, « Niveau de vie et pauvreté en 2024 », Insee Première n° 2117, juillet 2026 ; Charte de l’environnement (2004), article 4 ; simulation de l’autrice, détaillée dans le projet complet.

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